7 questions posées à Bruno Pozzi, directeur européen du Programme des Nations Unies pour l'environnement

8 juin 2019

 

Cette année, l'ONU à Genève célèbre 100 ans de multilatéralisme moderne. Pourriez-vous donner un exemple qui illustrerait la réussite du multilatéralisme?

Un des exemples les plus marquants est la réussite du multilatéralisme dans tous les domaines politiques. D’une idée essentiellement marquée par la paix entre les nations – un élément toujours essentiel bien évidemment -, le multilatéralisme s’est développé autour de sujets de plus en plus nombreux. Les pères fondateurs du multilatéralisme n’imaginaient sans doute pas que l’on puisse se réunir entre Etats pour s’accorder sur la santé mondiale, ou la dégradation de notre environnement. Le multilatéralisme, qui est parfois qualifié de philosophie en souffrance, est au contraire bien vivant et imbriqué dans tous les domaines de notre vie.

C’est là son plus grand succès. Et à titre plus personnel, je pense que son avenir se poursuivra notamment par l’approfondissement de son impact dans des domaines comme l’environnement, qui est devenu une thématique politique essentielle pour tous les Etats.

Le Protocole de Montréal, signé en 1987 et en vigueur depuis 1989, est l’un des accords multilatéraux les plus réussis de l’histoire. Grâce à cet accord, on prévoit la régénération complète de l’ozone de l’hémisphère nord et des latitudes moyennes d’ici 2030, suivi par l’hémisphère sud dans les années 2050 et par les régions polaires d’ici 2060.

Ce succès montre que les problèmes environnementaux ne peuvent généralement pas être résolus au niveau d’un Etat seul, mais bien dans un cadre multilatéral.

 

Quel est l’avenir de la gouvernance mondiale à 20 ou 30 ans?

Personne ne peut prédire l’avenir, mais en tant que fonctionnaire international, je suis plutôt optimiste. Le système des Nations-Unies est en pleine réforme et la dynamique de coopération entre nos agences n’a jamais été aussi forte que depuis que cette réforme a été initiée. Cela va permettre de confirmer le rôle des Nations-Unies comme acteur central de la gouvernance mondiale, en plaçant la barre des ambitions communes à haut niveau, tout en satisfaisant les demandes d’efficacité formulées par nos Etats Membres.

Quels sont les atouts et faiblesses de Genève pour accompagner le développement à venir de la gouvernance mondiale?
Genève est un des berceaux historiques de la gouvernance mondiale, et la ville a su évoluer avec le multilatéralisme. Elle dispose des infrastructures et de la volonté politique nécessaire pour continuer d’être un des pôles mondiaux du multilatéralisme. S’il y a une faiblesse, c’est peut-être au niveau du logement, qui malgré une politique d’accueil proactive des autorités locales, reste difficile à sécuriser.

 

Quelles réformes, selon-vous le PNUE doit-il appliquer en interne pour s'adapter à un monde en rapide mutation et répondre aux ODD?

La première chose, c’est d’intégrer totalement le PNUE dans la réforme des Nations-Unies, lancée par le Secrétaire Général. C’est la tâche à laquelle s’attelle le PNUE, en tant qu’agence normative et ‘non-résidente’ : notre tâche première est d’apporter une base scientifique aux questions environnementales, de pousser les décideurs à comprendre les enjeux en étant informé scientifiquement, et à les soutenir dans la mise en œuvre des décisions politiques qu’ils prennent. Pour cela, nous ne devons pas avoir une présence étendue à tous les pays où se situe notre action, mais au contraire utiliser la réforme des Nations-Unies pour travailler en tant qu’ONU « as one » en nous rapprochant des coordinateurs résidents des Nations-Unies. Nous devons développer nos complémentarités avec les autres agences de l’ONU, et à ce titre, Genève nous offre un avantage considérable.

Enfin, ce que nous faisons avec le monde politique et les décideurs, nous pouvons le répliquer avec le secteur privé : délivrer un message clair, compréhensible, sur les enjeux environnementaux auxquels les entreprises sont confrontées et leur apporter des solutions (ou des pistes de solutions) qui s’inscrivent dans la durabilité, la circularité et la consommation/production durable.

Comment communiquer aujourd'hui pour sensibiliser l'opinion mondiale aux enjeux climatiques?
La difficulté est d’être simple pour délivrer un message complexe. Il faut donc en revenir à une communication basée sur les enjeux, ce que les citoyens comprennent. C’est un des grands défis de notre organisation, qui produit essentiellement de la science. Une de nos plus importantes publications, le « Global Envrionmental Outlook » (GEO) est une bible de science en matière environnementale, mais il fait plus de 400 pages. Tout y est, mais il faut encore pouvoir le communiquer simplement. Nous avons ainsi « traduit » cet ouvrage en un document d’une petite dizaine de pages, à l’attention des décideurs économiques et politiques. C’est un premier pas. Le suivant sera de continuer à éduquer. L’éducation est tout aussi centrale que la communication, et elle doit permettre de bâtir des consciences environnementales et d’inciter à certains changements de comportements. Ce n’est pas une utopie : prenons l’idée du carpooling il y a une trentaine d’année et voyons ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Si elle connait à présent un vrai succès, c’est aussi parce que les citoyens sont mieux informés et éduqués sur la pollution urbaine et ses causes. Ce qui peut paraître « farfelu » au temps X, devient souvent la norme dans un temps X+1.

 

Genève compte plus de 399 ONG. Comment comptez-vous collaborer avec elles?

Nous collaborons déjà avec de nombreuses organisations non-gouvernementales, que ce soit à Genève ou ailleurs. Ce lien est essentiel, que ce soit pour la définition ou la mise en œuvre de projets, mais aussi pour entretenir une discussion avec la société civile. A mesure que les questions environnementales deviennent centrales dans nos sociétés et sont considérées comme des enjeux politiques, il est normal de voir des ONG s’y intéresser et élargir le champ de leur action à ces questions. Nous sommes toujours ouverts à interagir avec ces organisations, tout comme avec le monde académique ou les collectifs citoyens.

Le canton de Genève vient de lancer un appel à participation pour définir Genève en 2050, et vous comment l'imaginez-vous?
Je viens juste de m’établir à Genève et je suis frappé par l’engagement citoyen qui caractérise cette ville. Alors, si je dois imaginer Genève en 2050, je verrais une ville ouverte et intégrée dans un espace transfrontalier et multiculturel. Un espace riche de sa diversité et de son écosystème unique, entre lac et montagne. Et avec un air d’une qualité unique,  résultat des innovations et engagements pris dès à présent et dont la génération 2050 bénéficiera.

 

Biographie de Bruno Pozzi

 

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