Rencontre avec Olivier Mismetti, en charge du Détachement de protection rapprochée (DPR) de la Police de la sécurité internationale (PSI)

Découvrez, à travers cet entretien, le travail et les responsabilités de celui qui dirige le Détachement de protection rapprochée (DPR), unité de la Police de la sécurité internationale (PSI) qui protège les John Kerry, Sergueï Lavrov, Laurent Fabius, Ban Ki-moon et autres personnalités lors de leurs passages à Genève.

Olivier Mismetti dirige, depuis le 1er octobre 2011, le Détachement de protection rapprochée (DPR) de la Police de la sécurité internationale (PSI). Composé de 19 agents, ce service est chargé de protéger les personnalités officielles -suisses et internationales- de passage à Genève. Il compte à son actif pas moins de 143 missions par an effectuées en toute discrétion, mais essentielles au bon fonctionnement de la Genève internationale.

Dans cet entretien, il nous parle de son travail au quotidien, des responsabilités de son détachement, de ses motivations, et de son parcours professionnel.

Pourquoi avoir choisi de travailler à la PSI?

J'ai débuté ma carrière à la police au GSD (Garde de sécurité diplomatique). Ce groupe a fusionné en 2000 avec la police de l'aéroport, ce qui a donné naissance à la PSI. Je travaille donc à la PSI depuis sa création. J'ai choisi cette branche par attrait pour le côté international du travail, ainsi que par intérêt pour la Genève internationale.

Je suis né à Genève, mais la Genève internationale restait une partie de la ville que je ne connaissais pas bien, comme beaucoup de Genevois d'ailleurs, et cela m'intéressait. Je ne regrette pas d'avoir choisi cette voie car c'est très enrichissant!

Quelles sont vos responsabilités?

C'est ma deuxième année comme chef du détachement de protection rapprochée, le DPR comme on dit.

Notre mission, c'est de protéger les personnalités officielles, suisses et étrangères, de passage à Genève: ministres, présidents, ou diplomates. Nous ne les protégeons pas toutes, mais seulement celles considérées comme "menacées". L'analyse de la menace se fait à Berne, par la Confédération, qui définit si une personne est considérée comme "menacée" ainsi que le degré de la menace. C'est cette analyse qui détermine l'envergure de notre intervention.

Nous assurons également la sécurité intérieure d'événements sensibles qui se déroulent à Genève: conférences, négociations ou rencontres de haut niveau. Comme nous connaissons très bien le milieu et que la plupart des personnalités de la Genève internationale nous connaissent également très bien, cela crée un climat de confiance. Nos collègues en uniforme assurent la sécurité à l'extérieur.

Le DPR est un service de spécialistes qui compte 19 personnes: 18 hommes et une femme. Les examens d'entrée sont difficiles et les personnes choisies sont triées sur le volet. Je suis responsable de ces gens et de la mise en application opérationnelle des missions que l'on reçoit de l'État major de la police et du groupe diplomatique de la police.

Je n'effectue plus, moi-même, de missions sur le terrain car je dois pouvoir, à tout moment et si besoin, prendre des mesures d'urgence ou résoudre un cas complexe qu'ils soient logistiques, humains ou sécuritaires. Par contre, je me rends régulièrement sur le terrain pour coordonner le travail et garder des contacts auprès des missions diplomatiques et des organisations internationales.

Le DPR est un service que l'on pourrait comparer à de la haute horlogerie: cela marche très bien, c'est très précis et pointu, mais en même temps fragile. On doit veiller, en tant que chef, à ce que toutes nos missions se déroulent bien. On doit également faire des choix sur les priorités. Il peut arriver que les priorités protocolaires et sécuritaires s'entrechoquent: les monde sécuritaire et celui de la diplomatie n'ont parfois pas tout à fait la même vision de l'événement. Cela se passe toujours très bien dans 99% des cas mais, des fois, soit l'un soit l'autre doit faire des concessions.

A ces responsabilités s'ajoutent plusieurs tâches managériales comme la planification et les ressources humaines.

Pouvez-vous nous décrire votre journée type?

C'est difficile d'avoir une journée type! La plupart du temps, l'opérationnel prime. En arrivant le matin je commence donc par ouvrir mes mails et regarder les fax pour voir s'il y a des urgences ou de nouvelles missions. Je fais ensuite le point entre mes capacités opérationnelles, à savoir mes effectifs et véhicules, et les missions de la journée. C'est la priorité absolue.

Je me coordonne ensuite avec mes adjoints pour faire le point et voir s'il y a des problèmes logistiques ou humains à régler. Puis j'ai souvent quelques rapports à corriger: il faut savoir qu'après chaque mission de protection nous faisons un rapport avec les heures, tous les déplacement, etc.

Souvent, après, je me déplace sur le terrain pour rencontrer les responsables de la sécurité de telle organisation ou mission diplomatique, boire un café, faire le lien, demander comment cela c'est passé avec mes gars, et si il y a des choses à améliorer. Ce contact est très important.

Il y a également toute la partie formation qui occupe une grande partie de mes après-midis: formation de tir, en sport de combat, etc. Je vais voir ce qui se passe dans les formations et je suis également instructeur de tir. Nous avons toute une palette d'armement assez large et il y a donc de nombreuses formations à maintenir. C'est d'ailleurs un peu le challenge: nous avons beaucoup de missions et, en même temps, nous devons garantir un haut niveau de formation continue.

Votre meilleur souvenir?

J'ai plein de bons souvenirs, mais un souvenir m'a particulièrement ému. Nous transportions une personnalité qui venait d'un pays en guerre et nous nous sommes rendus à la Vallée de Joux. C'était l'automne, les arbres étaient rouge, le paysage était magnifique. Pour nous, cela nous changeait un peu du programme Hôtel Intercontinental-ONU.

Cette personnalité avait les larmes aux yeux. Elle nous a dit que nous avions un pays magnifique et qu'elle allait profiter de chaque minute. Au-delà du protocolaire et du diplomatique, nous avons eu un échange fort et une belle discussion. C'était une journée à part et la première fois que j'avais quelqu'un de ce rang qui s'ouvrait. 


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