interview estivale – Melissa Fleming, Chef du Service Communication et information du HCR et Porte-parole du Haut Commissaire

Quelle odeur vous fait penser aux vacances?

L'odeur de l'océan : difficile à décrire car l'eau n'a pas d'odeur. Mais pour moi, c'est un arôme particulier et apaisant. Ce doit être le mélange d'algues et de vie maritime ramené sur la plage par les vagues qui en ont écumé des morceaux et les ont brassés pour en donner un parfum plein de fraîcheur.

Votre premier souvenir de vacances?

Une semaine de Pâques dans la maison de ma grand-mère à Litchfield Beach en Caroline du Sud. Mon père avait mis 20 heures pour nous y conduire depuis le Massachusetts et il avait fait le voyage pratiquement sans s'arrêter. Ma mère avait préparé un pique-nique de poulet frit et une salade de pommes de terre pour calmer notre faim pendant la route, et mon frère et moi, nous nous racontions des histoires à dormir debout dans la langue que nous avions inventée pour l'occasion. Quand nous arrivions dans la cour de la maison et que nous mettions le pied dehors pour nous enlacer, la chaleur nous enveloppait comme un bain de vapeur. L'accent du sud de ma famille qui nous souhaitait la bienvenue sonnait pour nous étranger mais était plein de chaleur humaine. Quant à la maison, elle était sur pilotis pour empêcher que les ouragans ne la balaient. À l'intérieur de la cuisine, on pouvait reconnaître l'odeur typique du bœuf rôti et du ragoût de courge de ma grand-mère qui cuisaient lentement au four pour le repas de fête qu'elle organisait tous les midis. Depuis la véranda vitrée, il y avait une passerelle en bois qui traversait les dunes de sable et menait directement sur une plage sans fin située au bord d'une réserve naturelle. L'eau était chaude comme dans un bain. Les immenses vagues se brisaient sur le littoral à marée haute et les piscines qui se formaient dans le sable lorsqu'elles se retiraient nous offraient d'interminables heures de jeu. Au coucher du soleil, alors que nous marchions le long de la plage, les nageoires des dauphins sortaient de la mer dans un gracieux unisson juste derrière les vagues. Je rêvais de me lier d'amitié avec l'un d'entre eux et de pouvoir nager sur son dos.

Votre meilleur souvenir de vacances?

Difficile d'en choisir un ! J'ai passé mes vacances les plus relaxantes et revitalisantes dans des endroits à la beauté naturelle où l'on pouvait pratiquer des sports de plein air et manger de la bonne nourriture. Les plus marquantes ? Celles où nous avons fait du ski à Saas Fee, une ville entourée de glaciers à couper le souffle et sans aucune voiture ; notre semaine en Autriche pendant les vacances de Noël dans le merveilleux hôtel Hochschober à 1700 mètres d'altitude au beau milieu de la neige ; les baignades, les randonnées à vélo et le vin que nous dégustions au bord du lac de Neusiedl à la frontière austro-hongroise et nos journées en famille passées sur la plage à Drakes Island, dans le Maine.

Le pire?

Quand nos enfants étaient tout petits, en désespoir de cause et en quête d'un peu de sommeil, de secours et de soutien, nous avions réservé un « hôtel familial » dans les Alpes autrichiennes. L'endroit se trouvait au fond d'une vallée escarpée et sombre où tout donnait une impression de confinement. Les petits clients étaient trop jeunes pour apprécier l'endroit. Leurs pleurs semblaient faire écho dans une symphonie bouleversante. Au lieu de proposer des espaces de détente pour des parents dépassés, l'hôtel était conçu comme un lieu d'animation pour les enfants sous la surveillance obligatoire des parents. Ainsi, au lieu de se prélasser dans le sauna ou de faire de longues randonnées seuls et en toute tranquillité, nous nous sommes retrouvés à sautiller avec eux dans une aire de jeux couverte et irrespirable et à discuter avec d'autres parents harassés des mérites nutritionnels d'un aliment pour bébé plutôt qu'un autre.

Le livre que vous emporterez avec vous cet été?

Je vous écris ce billet depuis un hôtel situé sur les extérieurs de Dubrovnik avec une vue imprenable sur la mer Adriatique. Je ne peux pas m'empêcher de réfléchir au contraste entre un vacancier faisant des promenades sur les îles à bord de ferries entièrement sécurisés, avec un livre et une serviette de plage dans son sac, et le réfugié qui se trouve sur un bateau surpeuplé sur une mer qui risque de le tuer à tout moment. Pour me détendre sur la plage, je lis un livre en allemand de l'écrivain autrichien, Livia Klingl, dont le titre est « We can't take everyone – Europe between 'the boat is full' and 'we are becoming extinct » (« Nous ne pouvons pas prendre tout le monde - l'Europe entre « la barque est pleine » et « nous sommes en voie d'extinction »), un plaidoyer en faveur d'une protection des réfugiés et du besoin de migration. Entre temps, je lis également chaque article sur le débat en Europe concernant les réfugiés et les migrants : des récits sur la crise en Méditerranée, le surpeuplement dans un centre de demandeurs d'asile en Autriche, la misère à Calais ainsi que des rapports d'Européens lambda qui offrent leur aide à ces personnes dans le besoin. Peut-être aurais-je dû prendre plutôt un roman d'amour ?!

Ce que vous n'emporterez pas?

Un pull ! Il fait 35 degrés en Croatie. 

 

 


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